International Medieval Society, Paris • Société Internationale des Médiévistes, Paris

Symposium 2010 - Traditio
Abstract



A la croisée du logos aristotélicien, de la tradition juive et chrétienne. L’éducation du prince d’après les ‘translateurs’ de Gilles de Rome (XIIIe-XVe siècle)

Noëlle-Laetitia Perret, Université de Fribourg

Gilles de Rome (1243-1316) rédige son De regimine principum à l’intention de l’héritier du trône de France, le jeune Philippe le Bel, vers 1279. Suivant l’exemple de son maître, Thomas d’Aquin, Gilles de Rome rédige son « miroir des princes » en puisant aux sources des textes d’Aristote à peine redécouverts. Au XIIIe siècle, les traductions latines des textes de l’Ethique et de la Politique d’Aristote, conservés jusque-là par le monde grec et arabe, proposent aux penseurs du XIIIe siècle une nouvelle manière d’appréhender la réalité du monde et permettent une réactualisation de nombreuses questions telle que celle de l’éducation. Le De regimine principum de Gilles de Rome joue un rôle considérable dans la transmission des idées aristotéliciennes. Son oeuvre rencontre un immense succès et compte parmi les textes les plus diffusés de la fin du Moyen Âge. Des traductions dans presque toutes les langues vernaculaires de l’Europe occidentale témoignent de l’intérêt porté à ce traité. Pas moins de sept versions françaises différentes, établies entre 1282 et la fin du XVe siècle, ont été mises en évidence. Les « translateurs » de Gilles de Rome transposent, de manière plus ou moins fidèle, ses réflexions sur l’éducation du futur souverain. Ils adaptent et « ré-interprètent » le texte en fonction des lecteurs auxquels ils le destinent. Certains font preuve d’une plus ou moins grande liberté en abrégeant le texte latin de manière importante ou, au contraire, en le complétant par des commentaires. Les « translateurs » apparaissent comme de véritables « transmetteurs » qui adaptent le texte en fonction de leurs connaissances et de leurs expériences parfois profondément influencées par la tradition juive. Leurs traductions deviennent le support de la transmission d’un savoir réapproprié et réactualisé.