International Medieval Society, Paris • Société Internationale des Médiévistes, Paris

Symposium 2010 - Traditio



Et quant li vens s’i fiert’: un cas de translatio dans la chanson de Mainet

Phyllis Gaffney, University College, Dublin

Cette communication se portera sur le sens d’un groupe de vers dans Mainet (IV, 131–139), récit de l’enfance de Charlemagne publié par Gaston Paris dans le quatrième numéro de la Romania. Il s’agit d’une description de deux statues qui ornent la tente d’un roi ennemi tué par le jeune héros. La deuxième statue, d’un petit ‘enfant’ dont le ‘menu olifant’ sonne quand le vent souffle, rappelle des automates analogues décrits dans d’autres poèmes français des XIIe et XIIIe siècles, notamment dans Floire et Blancheflor (vv. 597–608) et Le Pèlerinage de Charlemagne (vv. 352–61; 368–79). Selon Jessie Crosland, ces automates éoliens remonteraient à un passage de la Pharsale de Lucain.

Les éléments en commun (le vent, la jeunesse) permettent une lecture comparative des trois cas d’automates. Par ailleurs, les trois textes — Mainet, Le Pèlerinage de Charlemagne et Floire et Blancheflor  — se rapportent tous, d’une manière plus ou moins directe, à la biographie poétique de Charlemagne. Le motif de la translatio imperii s’y suggère également.

Les exemples des jeunes automates du Pèlerinage et du conte romanesque étant déjà bien connus, la communication propose de se concentrer sur la spécificité de l’exemple, moins familier, de Mainet, et plus précisément, sur l’emploi curieux du terme ‘fine amour’ dans le contexte végétal du vers 139: De fine amour s’en drece l’erbe el pré verdoiant. Comment interpréter cette ‘fine amour’? Comment la traduire? Serait-ce une métaphore de la loyauté? Du renouveau? Peut-on lire dans le jeune sonneur du cor une espèce d’annonce prophétique de la mort de Roland à Roncevaux?

Ainsi, à partir de quelques vers peu connus, la communication traitera de plus d’un cas de translatio: un motif de l’antiquité transposé en littérature médiévale; la ‘fine amour’ transportée dans un contexte inhabituel; et le problème de traduction posé par ces vers.