International Medieval Society, Paris • Société Internationale des Médiévistes, Paris

Symposium 2010 - Traditio
Abstract



Translatio : L’Office de la couronne d’épines de Sens

Annie Dennery, Université de Paris-IV

Translatio ou le cheminement d'un terme
L'Office de la Couronne d'épines de l'Archidiocèse de Sens, composé à l'occasion de la translation de la Couronne d'épine du Christ à Paris, nous invite par le contenu de ses lectures et par les chants qui le composent à nous arrêter sur l'évolution, depuis l'époque de l'Antiquité classique jusqu'au Moyen Âge, de quelques acceptions du terme translatio : transfert, transmission, translatio au sens de mutatio et enfin, métamorphose.

Transfert géographique
L'origine de la Couronne d'épines du Christ reste obscure en dépit des récits évangéliques. Toutefois, nous savons qu'après de nombreuses pérégrinations, elle devint la propriété de Jean de Brienne, Empereur-régent de Constantinople. À la suite de la mort de ce dernier, Saint Louis, qui vouait une grande dévotion aux reliques, la fit transférer en la Sainte Chapelle.

Transmission d'authenticité
Le témoignage d'Antoine le Martyr, nous apprend qu'en 570 la Couronne était exposée à la vénération des fidèles en la basilique de Sion et que dès les premiers siècles, de nombreuses épines furent distribuées. Il s'en trouve encore en différents lieux : Saint-Denis, Beauvais, Lucques, Prague, etc. En fait, il suffisait qu'une épine ait touché la Couronne pour qu'elle soit regardée comme authentique.

Mutatio
L'office de la Couronne d'épines dont l'auteur est resté anonyme, a été composé à Sens, à l'usage de la cathédrale, à partir du récit de la translation qu'en fit Gautier Cornut, à la demande de Saint Louis. 
Les chants le composant furent empruntés à des offices préexistants. Leurs mélodies furent modifiées afin  d'être adaptées à de nouvelles paroles dont la forme littéraire, précédemment prosaïque, choisit une  tournure poétique ou versifiée.

 Métamorphose
Ces chants, empruntés de droite et de gauche se sont donc métamorphosés en un tout, l'office de la Couronne d'épines qui témoigne d'une composition liturgique tardive datant du XIIIe siècle.