
International
Medieval Society, Paris • Société Internationale des Médiévistes,
Paris
Symposium 2010 - Traditio
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L’Eructavit et la traduction incarnée
Michelle Bolduc, University of Wisconsin-Milwaukee
L’Eructavit, une traduction en ancien français du psaume 44 attribuée à un certain Adam de Perseigne, a été écrit pour Marie de Champagne entre 1181 et 1187. Il s’agit d’une traduction curieuse: d’abord parce qu’il prend la forme d’une paraphrase, un type d’exegèse mis en valeur par les cisterciens et souvent associé à Bernard de Clairvaux. Ainsi, il mêle la traduction avec l’exegèse des clercs. Mais contrairement à ce que fait Bernard de Clairvaux, l’interprétation exégétique ici est destinée à un public laïque. Elle est centrée sur la juxtaposition, voire l’apposition, entre le Latin du psaume et la langue vernaculaire de la paraphrase, ce qui a poussé Morgan Powell à déclarer que l’Eructavit offre au lecteur laïque la possibilité d’un lectio divina clérical.
De plus, cette paraphrase du psaume en ancien français fascine à cause de la nature corporelle de sa traduction. L’Eructavit est rempli des allusions aux cinq sens, ce qui fait que la réception du poème dépasse l’écriture poétique jusqu’à l’expérience physique. Cette paraphrase suscite dans sa forme et dans sa matière la théologie de l’Incarnation, et l’attention du lecteur est tirée aussi bien vers la dévotion à Dieu que vers la corporéité de cette traduction. Ces allusions aux cinq sens révèlent non seulement comment la notion théologique de l’Incarnation est fondatrice pour cette paraphrase, mais aussi comment la pratique de la traduction ici s’inspire d’un élan expérimental. L’Eructavit postule donc la traduction comme une activité incarnée et voluptueuse, dans sa composition et dans sa réception.
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