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Définition et frontières de l’espace eucharistique dans les romans du Graal en prose
focalisation et dissémination
Dr Catherine Nicolas, Université Paul-Valéry — Montpellier III
Dans le Haut Livre du Graal, l’épisode de la chapelle Saint-Augustin fonctionne comme un point focal du roman : au moment de l’élévation de l’hostie, l’espace s’ouvre, se dédouble (espace réel / espace eucharistique), pour faire apparaître sous les yeux du roi Arthur la figure sanglante de l’Homme de Douleurs. Le roman emprunte ici ses modèles aux miracles eucharistiques, sans grandes innovations, pour représenter la Présence Réelle et désigner l’état pécheur d’Arthur.
Pourtant, lorsque le roi reprend le cours de sa quête, l’espace du roman ne semble plus tout-à-fait le même. Les lieux rassurants de Camelot qu’Arthur a laissés ont été remplacés par des lieux tous plus horribles les uns que les autres (clairière des chevaliers noirs, château des barbes, carrefour de la Beste Glatissant, cercle de commensaux chez Gurgaran,…), qui appellent davantage le souvenir des motifs propres aux miracles eucharistiques (enfant découpé, homme démembré, membres disséminés,…) que celui des motifs arthuriens traditionnels. C’est à se demander si l’espace eucharistique qui s’est ouvert au-dessus du Graal ne s’est pas disséminé dans les lieux cauchemardesques que les personnages seront amenés à visiter.
La récurrence de ces éléments invite donc à relire les épisodes les plus divers dans une perspective unique, comme s’ils participaient tous d’un même espace eucharistique, d’un espace qu’ils s’appliquent à construire (délimitation, frontières, cercles) et à faire exister, d’un espace qui réduit leur étrangeté pour les rendre signifiants.
À partir de là, notre intention est donc double :
— définir la nature de l’espace de ce roman comme un espace eucharistique placé sur un plan d’existence comparable à celui qui s’ouvre au-dessus du Graal à la Chapelle Saint-Augustin ;
— à la lumière de cette nouvelle conception de l’espace du roman, relire les principaux « lieux » du roman comme autant d’épreuves de la Grâce assimilables à celle vécue par Arthur à la Chapelle, autant de Présences Réelles offertes à la clairvoyance plus ou moins grande des personnages.
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