International Medieval Society, Paris
Société Internationale des Médiévistes, Paris

Symposium 2009 - Space/l'Espace
Abstract





Symposium Program


Mutualisation de la limite et exploitation de la mitoyenneté dans la France médiévale

Dr Samuel Leturcq, Université François-Rabelais de Tours

Nombreuses sont les sources médiévales mettant en évidence des territoires nettement délimités, rigoureusement bornés. Les arbitrages rendus à la suite de conflits territoriaux, les opérations de mesurage et d’arpentage, les déambulations pour faire reconnaître publiquement les limites d’un territoire, les censiers et terriers … donnent volontiers l’image d’un espace strictement compartimenté en une multitude de cellules juxtaposées les unes contre les autres, sans recouvrement possible, sinon dans un contexte de conflit résolu par la fixation d’une ligne de partage. Les limites médiévales seraient linéaires et continues, et le Moyen Age ne connaîtrait que des territoires parfaitement délimités.

Pourtant, les travaux les plus récents sur la dynamique des territoires paroissiaux, épiscopaux, pastoraux… mettent volontiers en évidence des réalités beaucoup plus complexes. Ces territoires, loin d’être stables et clairement définis sur tout leur périmètre, sont délimités par une enveloppe beaucoup moins imperméable et immuable qu’on ne le pense souvent. Fruits d’une construction longue et complexe, les limites de ces entités spatiales sont fréquemment discontinues, de sorte qu’il existe, durant la période médiévale, des marges dont l’attribution à tel ou tel territoire n’est guère évidente aux yeux des historiens. Certains espaces sont mitoyens, c’est-à-dire partagés entre plusieurs territoires ; ils sont gérés grâce à des systèmes complexes fondés sur le principe de la réciprocité. Ces espaces mutualisés participent à la délimitation des territoires selon des procédures aussi originales et inattendues que rigoureuses. En effet, le partage de ces espaces (depuis l’échelle la plus fine de la parcelle à l’échelle plus vaste du territoire paroissial) repose sur le principe de la cession/restitution selon une réglementation rigoureuse.

La présente contribution souhaite mettre en évidence l’originalité de ces modes de délimitation durant la période médiévale, à la lumière de plusieurs cas rencontrés dans des coutumes, des archives de gestion domaniale, ecclésiastique (pouillés) ou fiscale de la période médiévale.