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Symposium 2008 Abstracts |
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Le sang humain et la rubification des métaux. L’utilisation du sang humain dans les recettes alchimiques latines du Sud de la France au 13e siècle « Prends du sang d’homme roux, du talc […], du sel blanc, du sel alcalin et du sel ammoniac […]. Fais-en de la poudre et verse dessus de l’urine de blaireau […]. Cette poudre contiendra le mercure, changera l’étain et le fer en argent, purifiera tous les corps et leur donnera une bonne couleur.» Cette recette (traduite du latin ici) a été élaborée en Espagne vers la fin du 12e siècle. Dans les manuscrits, elle est liée au nom du traducteur et astrologue Michel Scot. (v. 1170- v. 1236). Elle vise à la fabrication d’une poudre particulière, capable de colorer les métaux. Si les sels et l’urine sont des ingrédients à l’efficacité bien connue pour les procédés de teinture, la mention de « sang d’homme roux » pose quant à elle un problème d’interprétation : s’agit-il d’une métaphore pour désigner un produit avec lequel le sang partage la couleur et la consistance, ou s’agit-il réellement de sang humain ? La réponse, plus complexe, peut être donnée par l’étude de la diffusion de la recette, qui de l’Espagne, passe au 13e siècle en Italie, en Provence et dans le Languedoc, dans des milieux proches de ceux des marchands et des apothicaires. Durant cette diffusion, elle s’est étoffée avec l’addition de nouveaux ingrédients. Or, la majorité sont des agents de coloration rouge et viennent se placer dans les textes juste à la suite de la mention de « sang d’homme roux ». Celui-ci apparaît donc comme une référence textuelle liée à un raisonnement sur le jeu des correspondances universelles : renvoyant doublement à la couleur rouge, il constituait une sorte de « super agent » de coloration rouge (rubificatio), c'est-à-dire de transmutation. En ce sens, l’efficacité d’un tel produit était plus symbolique que chimique. Cette conception du sang semble avoir été liée à deux contextes, tous deux propres au Sud de la France du 13e siècle : l’influence de traités de magie arabe dans lesquels est préconisé l’utilisation de sang humain dans la fabrication de diverses pierres, et la fortune de nouveaux produits de coloration pour les étoffes, tels que la gomme rouge de Montpellier et l’alun rouge de Marseille. Il’ s’agit d’une étape importante dans l’évolution des doctrines alchimiques occidentales, puisqu’elle marque la promotion du rouge comme couleur de l’or alchimique. |
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