|
Symposium 2008 Abstracts |
||
|
Le sang qui soigne la lèpre – Liens troublants entre deux métaphores Tous ceux qui se sont occupés de littérature européenne au Moyen Âge, à n’importe quel niveau, ont surement remarqué la surprenante fréquence avec laquelle on trouve des personnages lépreux (ou qui sont ainsi définis) dans les textes. Même si on ne considère pas les commentaires de la Bible ou les livres théologiques ou philosophiques, où la lèpre est souvent métaphore, on trouve des ladres dans des textes de chaque langue et, surtout, de chaque genre. La raison ne peut pas être recherchée dans l’endémicité de cette maladie au Moyen Âge : la lèpre a un statut ambigu, le ladre est en même temps un pécheur qui a été puni et quelqu’un qui est en train de se repentir et d’être sauvé, les taches de la lèpre étant des véritables signes de la grâce de Dieu. Ce statut n’est pas différent de ceux qui ont eu des autres maladies « sociales » comme la syphilis et, plus récemment, le SIDA. Si dans leurs œuvres médiévales les médecins ne sont pas en accord pour définir la meilleur cure pour la lèpre, les textes littéraires n’ont pas des doutes : un ladre peut regagner son salut seulement s’il prend un bain dans le sang d’un innocent, soit enfant soit vierge. Ce thème est répandu dans le domaine linguistique allemand (Der arme Heinrich), occitan (Jaufré) et français (Ami et Amile) mais on a des exemples dans toutes les langues occidentales. Pourquoi le sang, symbole ambigu du pouvoir, de la vie et de la mort, peut-il soigner la lèpre, symbole ambigu du péché et de la grâce de Dieu ? A travers plusieurs exemples de divers genres littéraires et de diverses langues on essayera de répondre a cette question perturbante, jusqu’à trouver le fil (un fil rouge, ça va sens dire) entre maladie, faute et guérison. |
||