International Medieval Society, Paris
Société Internationale des Médiévistes, Paris

Symposium 2008 Abstracts





Symposium Program

Le signe royal. Une théologie royale et son historiographie


Thomas Lentes (Universität Münster)

Bien que la recherche de la royauté se sert souvent de la métaphorique du sang (dans la langue allemande par exemple « Geblüt » (lignée) ou «  Geblütsheiligkeit », il manque une étude critique qui écrivait son historiographie. A l’aide d’une étude comparée de la recherche allemande et française du 19éme et 20éme siècle, j’essaie d’élaborer les différents étapes et  positions de la représentation du sang des rois dans le cadre des débats ethniques, nationalistes, confessionnelles et racistes du 19éme et du début du 20éme siècle et son historiographie subtile après la deuxième guerre mondiale. 

Pour en commencer, je propose une relecture de Marc Bloch, particulièrement de sa description du signe royale, et de sa réception. Il y en a trois pistes de recherche qui m’intéresse : 1. Pour le moyen âge, il faut reconstruire une théologie du sang royale sous-cutané qui est bien plus âgée que la fameuse parole « le roi est mort, vive le roi ». Bloch lui-même inscrit le signe royal, qu’il décrivait comme une marque du sang et de race, dans le cadre de la superstition. Pourtant dans l’imaginaire médiévale ce signe n’était bien connu pas seulement dans la ‘religion populaire’ ou dans les cercles hétérodoxes. Bien plus les récits sur le signe royal réfléchissaient une théologie du sang qui donne le corps du roi dés sa naissance une sacralité qui surpassait tout le lignage et lui qualifié comme élu par dieu. Bloch, par contre, positionnait l’origine de signe royal dans le signe de race. Une relecture de ses sources cependant suggère une interprétation beaucoup plus théologique, voire théo- ou christocentrique du sang royal. 2. La question irrésolue par Bloch est la question de la puissance de persuasion du signe royal. Apparemment il appartient aux marques du sang – mal étudiés – connus dés les croisades qui participaient tous de la puissance d’authentification du sang. Comme les rois beaucoup des leaders des croisades populaires supposaient d’avoir reçu un signe du sang par Dieu qui lui autorise de dominer. Ce rapport entre sang, authentification, autorisation et pacte divine ou diabolique n’est jusqu’ici à peine étudié. 3. Enfin, il faut réfléchir le cadre idéologique (ethnique, confessionnel et les théories racistes) dans lequel Bloch a élaboré son chapitre sur le signe royal et l’histoire de sa réception dans l’historiographie politique français et allemand. Là, me semble-t-il, après la guerre, les historiens avaient craint de s’occuper d’une théorie politique et d’une théologie du sang royal – une crainte qui ne vient peu à peu surmonter jusqu’au présent.