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Symposium 2008 Abstracts |
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«Li sens conmence contreval a filer… Imaginaire du sang et hétérodoxies épiques dans La bataille Loquifer» Le sang est la substance à la fois vitale et mortelle dont se nourrit l’écriture épique. Polysémique et renvoyant à des strates culturelles et symboliques diverses, ce fluide peut aussi bien représenter le principe de la continuité liée à la mémoire généalogique que le sang impur qui coule dans les vaines de la lignée maudite des traîtres ou des païens; il peut soit désigner une blessure symbolique inquiétante soit transformer le héros en victime sacrificielle dont le sang déversé sur le champ de bataille purifie et régénère l’espace reconquis par le logos chrétien. Les études récentes (2003) de Peggy MacCracken (The Curses of Eve: The Wound of the Hero. Blood, Gender and Medieval Literature) ou de Finn E. Sinclair (Milk and Blood: Gender and Genealogy in the Chanson de Geste) montrent par ailleurs clairement que c’est souvent autour du langage du sang que le récit littéraire organise et interroge les valeurs et tensions constitutives de la civilisation féodale en jouant notamment sur l’opposition entre l’aménorrhée masculine et guerrière (valorisée en que don suprême) et le spectre de la corruption qui plane sur le sang féminin dont dépend toutefois la continuité du lignage et l’intégrité de la mémoire génétique qu’il faut alors chercher à légitimer à l’instar de cette écriture fictionnelle (et donc suspecte) qui lui donne corps. Notre réflexion se centrera sur un texte assez marginalisé par la critique, La Bataille Loquifer (fin XIIe-début XIIIe), poème atypique non seulement par la façon dont il bouleverse les structures idéologiques et poétiques de la chanson de geste traditionnelle, mais aussi par la manière dont il met justement en scène un imaginaire hétérodoxe et paradoxal du sang sur lequel se projette à la fois le devenir du lignage (menacée de dispersion) et les enjeux de l’écriture épique, le sang devenant hypostase du sens (selon une homophonie fréquente) dont il semble épouser les mouvements et les formes symboliques. Comment interpréter, en effet, la présence de ce baume magique qui étanche sans cesse l’hémorragie guerrière en ressoudant indéfiniment le corps des héros lors d’une bataille aux contours eschatologiques? Quels rapports cette image inversée de l’aménorrhée entretient-elle avec ces autres fluides ambigus qui baignent le récit, à savoir le lait et l’eau? Quel sens attribuer, au moment où la chanson de geste bascule soudainement dans l’univers du roman breton, à cet insolite rituel proposé par Chapalu (personnage lui-même étrange à la tradition arthurienne canonique) qui devra boire le sang du talon de Rainouard afin de recouvrer sa forme humaine? Bien que La Bataille Loquifer pose davantage de questions qu’elle n’offre de réponses, scruter le discours puriforme et ambigu du sang dans ce récit nous permettra non seulement d’en dégager certaines fonctions symboliques et littéraires, mais également de réfléchir sur l’appropriation singulière de cet imaginaire par une chanson de geste qui érige le sang en métaphore subtile et changeante des enjeux de l’écriture épique au cœur d’un univers idéologique et poétique en pleine mutation. |
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