International Medieval Society, Paris
Société Internationale des Médiévistes, Paris

Symposium 2008 Abstracts





Symposium Program

Le trésor des saints et la politique du royaume. Le sang des martyres entre symbolique et politique dans la France des Capétiens


Lucas Burkart (Universität Luzern)

La représentation du sang du Christ et des martyres en tant que trésor ecclésiastique (thesaurus ecclesiae) permit à la théologie médiévale de repenser les relations entre la richesse céleste et terrestre et de bénéficier de l’accumulation de valeur qui en découla.

Alors que dans les évangiles la richesse céleste et la richesse terrestre s’excluent l’une l’autre (Mt 19, 24; Lk 18, 25; Mk 10, 25), Saint Augustin souligne dans sa théologie de la grâce la relation positive existant entre la thesaurisation matérielle et la promesse de salut. C’est au plus tard sous l’influence de cette doctrine que la formation de trésors matériels s’imposa de manière irrémédiable dans l’église.

Ainsi fondée sur la doctrine théologique et eschatologique depuis le haut Moyen Âge, le XIIe siècle développa de nouvelles perspectives afin d’utiliser politiquement la formation de trésors matériels et immatériels. Les origines, la conservation, la vénération et la mise en scène du sang conservé dans des trésors servirent ainsi une stratégie tendant à légitimer les prétentions politiques et à justifier la succession dynastique. Dans cette perspective, les trésors se révélèrent être des lieux dont la réussite est d’avoir permis une « transcendantalisation » des représentations théologiques en récit historiographique, en théorème politique et en représentation esthétique. Le sang des martyres et les reliques, qui apportent la preuve matérielle de l’effusio sanguinis des martyres, se transformèrent à titre de trésor en preuve visible et esthétique d’un pouvoir sacralement légitimé. Ainsi la transformation du sang sacré ne suivit pas impérativement le modèle d’une herméneutique médiévale du sens pluriel de la Sainte Ecriture et la hiérarchie qui en découlait ; au contraire les trésors offraient la possibilité de transformer leur signification spirituelle et eschatologique dans le sens d’un retour à des valeurs matérielles. Symboliquement, le sang des trésors ne renvoie pas exclusivement à l’idée de libération de l’âme, mais aussi à la politique dans ce bas monde.

Cette contribution a pour but d’interpréter la représentation du trésor ecclésiastique constitué par le sang versé par le Christ et les martyres pour la rémission des péchés, non seulement d’après sa signification théologique, mais aussi de réfléchir sur sa continuation historique, esthétique et politique tout au long du Moyen Âge. Dans cette perspective, on examinera si ces réflexions conceptuelles sont transposables au royaume de France au XIIe siècle.