International Medieval Society, Paris
Société Internationale des Médiévistes, Paris

Symposium 2007 Abstracts



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Symposium Program

L’échiquier comme outil mnémotechnique
dans la littérature didactique de la fin du Moyen Âge


Amandine Mussou (ENS-Paris IV)

Dans son ouvrage Le Livre de la mémoire, Mary Carruthers relève comme trait dominant des mnémoniques médiévales leur aspect bidimensionnel. (1) Dans les arts de la mémoire de cette époque, la disposition des imagines est souvent inscrite au sein d’une grille. Le motif de l’échiquier peut alors être un outil mnémotechnique efficace. Mary Carruthers évoque dans cette perspective Le Livre du jeu d’échecs, (2) composé en latin par le dominicain Jacques de Cessoles vers 1300. L’échiquier est le support de ce manuel éthique qui propose une présentation de la cité idéale à travers une allégorisation échiquéenne.

À la fin du XIVe siècle, trois ouvrages en langue vernaculaire répondent au livre de Jacques de Cessoles. Dans une même perspective politique et morale, Philippe de Mézières fait le choix de cette grille dans son Songe du vieil pelerin.(3) La Reine Vérité y éduque le jeune Moïse en prenant pour canevas les soixante-quatre cases de l’échiquier. De façon presque contemporaine, Évrart de Conty élargit l’emploi de cette structure en employant l’allégorie échiquéenne en contexte amoureux dans les deux versions des Eschés amoureux (4): le narrateur décrit un échiquier sur lequel se déplacent des pièces associées à des figures courtoises.

Ces ouvrages informent un contenu didactique, qu’il soit politique, moral ou amoureux, à travers la grille de l’échiquier. Le choix de cette grille ludique répond à une conception de la mémoire typiquement médiévale. Ces ouvrages, manuels de bon gouvernement ou encyclopédies à l’usage de jeunes nobles, sont orientés vers un lecteur que l’on doit éduquer et qui doit donc retenir l’enseignement qui lui est délivré. Dans quelle mesure l’utilisation du motif de l’échiquier fait de ces ouvrages des « arts de la mémoire » ? Nous nous proposons d’évaluer la valeur mnémotechnique d’un tel support à travers l’étude comparée de ces textes de la fin du Moyen Âge.

1. Mary Carruthers, Le Livre de la mémoire. La mémoire dans la culture médiévale, Paris, Macula, 2002 (traduit par Diane Meur ; Cambridge University Press, 1990), p. 211.
2. Liber de moribus hominum vel officiis nobilium sive super ludo scacchorum (voir Jacques de Cessoles, Le jeu des eschaz moralisé, traduit par Jean Ferron, éd. Alain Collet, Paris, Champion, « Les Classiques Français du Moyen Âge », 1999.
3. Philippe de Mézières, Le Songe du vieil pelerin, ed. G.W. Coopland, Cambridge University Press, 1969.
4. La version en vers date de 1370-1380 et n’est pas éditée intégralement à ce jour (voir notamment les éditions partielles de Gianmario Raimondi, « Les Eschés amoureux. Studio preparatorio ed edizione », I in Pluteus, 8-9, 1990-1998, Alessandria, Edizioni dell’Orso, p. 67-241 et II in Pluteus, 10, 1999, à paraître). La version en prose date du début du XVe siècle (Le Livre des eschez amoureux moralisés, édition de Françoise Guichard-Tesson et de Bruno Roy, Montréal, Ceres, « Bibliothèque du Moyen Français », 1993). En ce qui concerne l’attribution de la version en vers à Évrart de Conty, voir les récents travaux de Françoise Guichard-Tesson (« Évrart de Conty, poète, traducteur et commentateur », inLes Problèmes d’Aristote : éventail de ses manifestations. Actes des journées d’étude transdiciplinaires de Leuven, 30-31 Octobre 2003, éd. Michèle Goyens et Pieter De Leemans, Mediaevalia Lovensia, Série I, Leuven, à paraître).