International Medieval Society, Paris
Société Internationale des Médiévistes, Paris

Symposium 2005 Abstracts



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Symposium Program

"Les Leys d’amors de Toulouse, dépaysement de la poésie courtoise"
Mary Brown, University of California, Berkeley

En 1323, lorsque les amateurs toulousains de la poésie courtoise fondèrent le Consistoire du Gai Savoir, la tradition des troubadours touchait à sa fin. Redoutant la perte de cette poésie prestigieuse et désireux d’encourager de nouveaux poètes, les sept fondateurs du Consistoire inaugurèrent un concours poétique annuel et demandèrent à un avocat, Guilhem Molinier, de rédiger un traité de poétique amoureuse pour fixer les règles rhétoriques, poétiques, grammaticales, et phonétiques de la poésie en langue d’oc. Ainsi le Consistoire nous a-t-il légué les Leys d’amors, ou Lois d’amour, traité poétique, philosophique et historique qui témoigne de la pratique littéraire à Toulouse pendant la première moitié du quatorzième siècle.

Le titre révèle l’enjeu. Car ce n’est nullement un traité d’amour tel que l’Ars amatoria d’Ovide, le De amore d’André le Chapelain, ou le Breviari d’amor de Matfré Ermengaud. Si Guilhem Molinier a pu se servir du titre Leys d’amors pour un texte traitant de la poétique, c’était parce que son objectif était de réduire l’amour à une pratique littéraire. Finie la possibilité d’imaginer les aventures amoureuses des troubadours que nous racontent leurs biographies plus ou moins romanesques. Finies, aussi, après les désastreux événements du treizième siècle, les cours au sein desquelles les troubadours avaient trouvé leur place. Le rôle social du poète avait basculé, et la poésie se pratiquait désormais dans un milieu bourgeois et – sous la pression de l’Inquisition – pieux.

Pour Guilhem Molinier et ses collaborateurs, il s’agissait donc de transformer les métaphores d’une poésie courtoise défunte en métaphores convenables au nouveau contexte. La métamorphose apparaît dès les passages en vers du premier livre des Leys, qui décrivent l’histoire et le fonctionnement du Consistoire. Ces vers opèrent un veritable dépaysement des métaphores courtoises. Dans cette communication, je voudrais discuter les conséquences littéraires d’une telle transformation.