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"Les
Leys d’amors de Toulouse, dépaysement de la poésie
courtoise"
Mary Brown, University of California, Berkeley
En
1323, lorsque les amateurs toulousains de la poésie courtoise fondèrent
le Consistoire du Gai Savoir, la tradition des troubadours touchait à
sa fin. Redoutant la perte de cette poésie prestigieuse et désireux
d’encourager de nouveaux poètes, les sept fondateurs du Consistoire
inaugurèrent un concours poétique annuel et demandèrent
à un avocat, Guilhem Molinier, de rédiger un traité
de poétique amoureuse pour fixer les règles rhétoriques,
poétiques, grammaticales, et phonétiques de la poésie
en langue d’oc. Ainsi le Consistoire nous a-t-il légué
les Leys d’amors, ou Lois d’amour, traité poétique,
philosophique et historique qui témoigne de la pratique littéraire
à Toulouse pendant la première moitié du quatorzième
siècle.
Le titre révèle l’enjeu. Car ce n’est nullement
un traité d’amour tel que l’Ars amatoria d’Ovide,
le De amore d’André le Chapelain, ou le Breviari d’amor
de Matfré Ermengaud. Si Guilhem Molinier a pu se servir du titre
Leys d’amors pour un texte traitant de la poétique, c’était
parce que son objectif était de réduire l’amour à
une pratique littéraire. Finie la possibilité d’imaginer
les aventures amoureuses des troubadours que nous racontent leurs biographies
plus ou moins romanesques. Finies, aussi, après les désastreux
événements du treizième siècle, les cours
au sein desquelles les troubadours avaient trouvé leur place. Le
rôle social du poète avait basculé, et la poésie
se pratiquait désormais dans un milieu bourgeois et – sous
la pression de l’Inquisition – pieux.
Pour Guilhem Molinier et ses collaborateurs, il s’agissait donc
de transformer les métaphores d’une poésie courtoise
défunte en métaphores convenables au nouveau contexte. La
métamorphose apparaît dès les passages en vers du
premier livre des Leys, qui décrivent l’histoire et le fonctionnement
du Consistoire. Ces vers opèrent un veritable dépaysement
des métaphores courtoises. Dans cette communication, je voudrais
discuter les conséquences littéraires d’une telle
transformation.
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